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samedi 13 février 2016

L'Etoile du Matin, une péniche chapelle, un bateau église






L'Etoile du Matin ne se résume pas à un astre, à un cantique, à la mélodie pour soprano de Camille Distel ou à la romance pour piano d'Edouard Chavagnat ; c'est aussi un nom qui a été donné à des goélettes, à des barques, et dans le cas qui nous intéresse,  à une péniche transformée en bateau-église ou en péniche-chapelle selon les différentes terminologies utilisées.

Quelques sites Internet évoquent ce bateau, l'un d'eux précise même que l'abbé Platau l'a lancé en 1912, ce qui était plausible, encore que je pensais qu'il s'agissait plutôt de la date à laquelle il a acquis cette péniche. Finalement, mes recherches dans les journaux de l'époque montreront qu'il l'a acquise en 1911.

Ce site stipule également que le bateau a été coulé en 1914 et renfloué en 1919, ce qui ne correspond pas non plus aux informations que j'ai trouvées. En effet, il a bien été coulé pendant la première guerre mondiale, détruit par des obus, mais c'est un second bateau, acquis à la suite du premier et portant la même devise, qui a coulé à Paris en 1922 et qui a été renfloué. Un article évoque même que le bateau touriste La Lutèce (ou Le, selon les différentes sources), acquis par l'Œuvre des Mariniers, prit à son tour le nom d'Etoile du Matin. Il y aurait donc eu trois bateaux portant successivement cette même devise ?


Le bateau


Malgré mes recherches, je n'ai pu trouver la date et le lieu de sa construction. 

D'après les descriptions qui en sont faites, L'Etoile du Matin était une péniche en chêne. Longue de 35m et large de 5, elle mesurait 4m de haut. Sa cale était aménagée en église, des vitres colorées servaient de vitraux et le cœur était situé sous le dôme du rouf. 

Elle était la chapelle de l'Œuvre des Mariniers : on y dispensait le catéchisme, l'instruction scolaire et le soutien moral à une population batelière qui comptait en 1917 quelques 100 000 âmes dispersées sur 15 000 péniches. D'après les articles, l'abbé Plateau aurait œuvré ainsi auprès de 5 000 de ces bateaux.

Cette Œuvre des Mariniers a été créée par l'abbé Platau (ou Plateau selon les articles, voir un précédent article du blog à son sujet), qualifié de "prêtre zélé" et c'est lui qui officie à bord.

La première apparition de la péniche-chapelle dans les journaux date du 3 mars 1911. Un article intitulé "Une église flottante" dans l'Express du Midi annonce qu'un des rêves de notre abbé se réalise : les amis des mariniers ont fait récemment l'acquisition d'une "coquette péniche", confortablement aménagée pour les besoins de l'apostolat. Ils l'ont baptisée l'Etoile du Matin. Elle mesure 35m, dispose d'une salle de conférence de 15m à l'arrière, un oratoire, un secrétariat. Au centre, il y a une chambre pour le directeur et à l'avant, le logement du personnel, la cuisine et une petite étable pour l'âne du halage.

En avril 1912, l'abbé et sa péniche l'Etoile du Matin se trouvent à Denain (59) où deux réunions ont été organisées avec l'aide de M. Delcambre, vice-doyen et curé du Sacré Cœur, et Mlle d'Héricault. Ensuite, c'est à Haulchin (59) où l'Etoile du Matin a accueilli une population nombreuse. Elle s'est amarrée par la suite au pont Jacob à Valenciennes (59) où elle a été envahie par la foule dès son arrivée.

En juillet 1912, c'est un article de La Croix qui est consacré à la cloche de la péniche-chapelle, sans que cette dernière ne soit nommée. La cloche, vestige des Tuileries, pèse 54 kg et porte les armoiries de Napoléon III. Elle porte également une inscription : "Hildebrand, fondeur de l'empereur, 1866". Bénie par Mgr l'archevêque de Cambrai, elle sonne à bord de la péniche qui, dirigée par l'abbé, sillonne les canaux pour catéchiser les jeunes mariniers. 

En octobre de la même année, le journal de Roubaix nous annonce la présence de l'Etoile du Matin à Tourcoing (59) : Le bateau-chapelle est amarré au quai du canal, prés du pont du Blanc-Seau. Son mat, qui porte un grand drapeau tricolore, est surmonté d'une croix et il y a une grosse cloche sur le pont. Le bateau est décrit comme ne comprenant sur toute sa longueur qu'une seule salle qui sert de chapelle et un modeste réduit pour l'habitation.


(Photo extraite du Journal de Roubaix)
(Photo extraite du Journal de Roubaix)

L'abbé a un rêve qu'il confie au journaliste : il voudrait faire construire un pont sur son bateau pour pouvoir organiser des réunions en plein air. Il compte que les villes de Roubaix et Tourcoing lui offriront les 1 000 francs nécessaires à cette transformation.
Après Tourcoing, la péniche-chapelle continuera à voyager sur les canaux du Nord. 

Le 4 mai 1913, le Journal de Tourcoing nous apprend que l'abbé est à l'Exposition de Gand, en Belgique. L'Etoile du Matin est amarrée sur l'Escaut, pavoisée aux couleurs françaises et belges. 

En août 1914 a lieu la bataille de Dinant en Belgique. Un bulletin religieux de Rouen, daté de 1917, nous apprend que la première péniche-chapelle Etoile du Matin y a été détruite. Cela est en partie confirmé par l'abbé Platau lui-même lors d'une interview en 1921 parue dans le Figaro : il y précise que le bateau, qui servait d'église flottante pour les villes ravagées, a bien été détruit par des obus mais dans le Nord. Dans Le Gaulois, toujours en 1921, il précise que c'était à Denain, une ville située dans le Nord prés de Valenciennes. On y apprend aussi qu'à la suite de cette destruction, un second bateau a été acheté pour la somme de 9 000 francs et qu'il a été rebaptisé de la devise du premier, l'Etoile du Matin.

En 1917, on trouve ce second bateau amarré au quai de l'Ile Lacroix à Rouen (76) où passent des centaines de péniches depuis le début de la guerre. Le bateau est décrit comme mesurant 38m de long, 5m de large et 4m de haut. La cale est aménagée en église, les sabords portent des vitres coloriées et le chœur se situe sous le dôme du rouf. Il est visité par le cardinal et par le secrétaire général représentant le préfet. 

En 1919, l'Etoile du Matin et notre abbé sont pris en photo par un photographe de l'agence Meurisse. Le bateau est alors amarré quai des Saints Pères :


(cf. Bibliothèque nationale de France)
(cf. Bibliothèque nationale de France)

(cf. Bibliothèque nationale de France)

(cf. Bibliothèque nationale de France)

(cf. Bibliothèque nationale de France)
(cf. Bibliothèque nationale de France)



J'ai eu des difficultés à les retrouver car elles sont mal référencées puisqu'elles apparaissent au nom de Monseigneur O. PLATAN ! ... Elles sont néanmoins superbes.

En novembre 1919, le journal La Croix publie un article intitulé "Une église sur l'eau". L'évêque de Soissons ayant confié à l'abbé Platau l'administration de paroisses dans des villes complètement dévastées dans le nord de la France (telles que Tergnier, Fargniers, Vouël, Quessy, Liez et Mennessis), notre abbé a eu l'idée ingénieuse d'amener et d'utiliser au milieu des ruines sa chapelle nautique déjà approuvée par le Saint-Père pour le service de la batellerie. Son bateau était alors amarré est au Pont-de-Quessy à Tergnier (Aisne). C'est à bord qu'ont lieu les offices, les baptêmes, les mariages et même les cérémonies de première communion.


En 1921, de nouvelles photos du directeur de l'Œuvre des Mariniers sont prises à bord de l'Etoile du Matin, toujours par l'agence Meurisse, mais quai des Orfèvres cette fois :


(cf. Bibliothèque nationale de France)

(cf. Bibliothèque nationale de France)



Le 22 mai 1921, le journal Le Gaulois annonce que la chapelle nautique l'Etoile du Matin est amarrée au Pont Saint-Michel. R. Mirepoix, le chroniqueur, décrit un autel blanc et or, une vierge pâle et bleue, les mains jointes sous la voûte goudronnée, des cierges, des drapeaux, des bouées, des images, des bancs et un prêtre : Mgr Plateau dont l'accueil est cordial et franc. Lors de son interview, l'abbé précise que sa première péniche fut coulée à Denain lors de la guerre mais il en a maintenant une autre, plus grande.

Le 30 mai 1921, c'est Le Figaro qui annonce que l'Etoile du Matin est amarrée depuis une dizaine de jours au quai des Orfèvres à Paris. Ch. Tardieu, moins complaisant, évoque un maigre fusain étiolé, 2 ou 3 petits drapeaux, une bannière sans ornements. Il décrit un bureau, une véritable cagna flottante, un escalier de bois abrupt, une cellule de planches avec une table et une minuscule bibliothèque. De l'autre côté de la cloison se trouve la chapelle. Elle occupe toute la largeur du bateau et une bonne moitié de la longueur, avec d'un côté un autel en bois de couleur grisâtre, orné de dorures et surmonté de son tabernacle voilé de rouge, et à l'opposé une statuette de la Vierge autour de laquelle une main pieuse dispose des pivoines blanches qui s'effeuillent. Il écrit qu'il y a des bancs frustes et sommaires occupant toute la place et qui n'incitent pas à la béatitude. Il y a aussi un minuscule harmonium sur l'un des bas-côtés, il a perdu l'un de ses pédales et se tait prudemment. Puis il cite les vitraux d'une angélique naïveté, et derrière l'autel, un compartiment mi-chapelle, mi-coffre à bois et tout au fond, la sacristie. C'est petit, c'est simple et d'une touchante intimité, écrit l'auteur de l'article.

L'édition du jour du Petit Parisien publie également un article sur la chapelle nautique de Mgr Platau, reprenant les mêmes éléments que ceux évoqués par les deux premiers articles. L'article précise que l'abbé Platau a profité de son passage à Paris pour célébrer à l'intention de ses amis de la marine fluviale une grande messe solennelle avec le concours de l'Harmonie des Sauveteurs et Ambulanciers civils de la ville de Paris. Pour l'occasion, des fleurs ornaient à profusion la petite chapelle du bord.

Le 31 mai 1921, Edouard Black, un journaliste du journal La Lanterne, note à propos de la péniche qu'elle est pompeusement intitulée chapelle nautique et qu'elle est "hors d'usage". Ayant pu la visiter, il écrit qu'elle fait eau de toutes parts. Dans une sorte d'antichambre aménagée à l'avant, un marinier écope l'eau envahissante tandis qu'une vieille dame propose des médailles. Le second compartiment est occupé par la chapelle où des bougies "noircissent le plafond qui tend vers l'incendie les planches disjointes du pont centenaire". 

Le 15 novembre 1921, c'est un article paru dans Mercure de France qui évoque l'Etoile du Matin sans la nommer: il y ait précisé que la péniche ne dispose pas de salon, aussi c'est dans la chapelle que l'abbé a reçu le journaliste désagréablement surpris par le vent qui soufflait à travers la coque mal jointe. 

En juin 1922, nous la retrouvons amarrée au quai St Michel à Paris et l'abbé Platau officie toujours à bord, même si elle est jugée trop petite. L'abbé y a encore célébré une messe solennelle le 25 juin en présence de nombreux mariniers et de leurs enfants.

En juillet 1922, L'Etoile du Matin, servant à la fois d'église et d'école, est maintenant trop petite pour la pieuse assemblée qui s'y rencontre. Le Journal La Presse évoque une vieille péniche qui tombe en ruines, c'est pourquoi un généreux mécène, M. Stelle, a fait don à l'abbé d'un bateau à vapeur, le Lutèce, qui faisait naguère le service de Paris à Saint Germain. Débaptisé puis rebaptisé "Etoile du Matin", ce petit vapeur a été solennellement consacré au culte et la première messe y a été célébrée devant une nombreuse assistance le 16 juillet 1922.

Le 16 août 1922, c'est à bord de la nouvelle Etoile du Matin qu'a lieu la fête patronale des mariniers. Un article dans le Petit Parisien rappelle qu'il s'agit du bateau vapeur Lutèce remplaçant l'ancienne péniche. Après la messe dite par l'abbé Platau en présence de la fraternelle des sauveteurs français, de la Mouette parisienne, de la Croix rouge de la rive droite, de l'amicale des secouristes parisiens et de la société parisienne de sauvetage, il a précisé que l'inauguration officielle de l'Etoile du Matin aurait lieu dans quelques temps.

Les 8 et 9 novembre 1922, des articles de journaux nous apprennent que l'ancienne péniche Etoile du Matin a sombré lors d'une brusque crue de la Seine. La presse annonce qu'elle était encore en bon état, qu'à priori les amarres étaient trop courtes et que l'eau est passée par dessus le bordage. 
La presse précise que l'Œuvre des Mariniers bénéficiait déjà d'un nouveau bateau, la Lutèce.  Elle le décrit comme un ancien "bateau touriste" qui, à l'époque, était encore en chantier si bien que le précieux autel et les archives étaient encore à bord de la péniche l'Etoile du Matin.
En attendant une baisse du niveau de l'eau, les pompiers ont arrimé l'épave qui gisait sur le côté.

Le 12 novembre 1922, Le Journal publie un article à propos de l'histoire d'une cloche : sur le bateau Lutéce de l'Œuvre des Mariniers, amarré au quai des Orfèvres, Mgr Platau devait baptiser le 11 novembre à 15h une cloche. A l'heure prévue, l'abbé arriva bien mais ce fut pour annoncer que la cérémonie n'aurait pas lieu car la cloche, expédiée de Belgique, était arrêtée à la frontière, l'expéditeur ayant omis de remplir certaines formalités. En guise de compensation, il raconta l'histoire de la cloche. Selon l'auteur de l'article, l'abbé Platau est à Armentières en 1914 avec sa péniche-chapelle. Quelqu'un lui suggérant d'avoir une cloche sur son bateau, il trouva l'idée bonne et dénicha chez un brocanteur de la ville une cloche sans battant. Sous une couche de poussière, elle portait les armoiries de Napoléon III, la date de la fonte et l'adresse du fondeur. Elle aurait habité un bâtiment des Tuileries brulé lors de la Commune. L'abbé installa donc la cloche sur son bateau. Alors que le bateau se trouvait à Dinant en Belgique et l'abbé appelé à Rome, il confia la cloche à des mains pieuses. La guerre éclata, les allemands envahirent la ville et selon l'auteur de l'article, l'abbé resta sans nouvelle de son bateau et de la cloche pendant quatre années. Après l'armistice, il retrouva celle-ci par miracle dans la cachette où elle avait été enfouie...

Le 13 novembre 1922, un nouvel article est consacré dans l'édition de l'Homme Libre au naufrage de l'Etoile du Matin. L'auteur précise que, par malice divine, ce naufrage a eu lieu la veille de la bénédiction de la cloche de la chapelle. Déjà appelée la Rescapée pour avoir échapper aux allemands qui voulaient la fondre pendant la première guerre mondiale alors qu'elle se trouvait en Belgique, cette cloche aurait néanmoins été bénie le 12 novembre à bord de la nouvelle chapelle flottante établie sur la Lutèce...

Le 20 novembre 1922, un nouvel article du Petit Parisien nous apprend que le naufrage de l'Etoile du Matin a provoqué une grande émotion parmi les mariniers. Ainsi, à l'issue d'un diner des "Nautes", les entrepreneurs de sauvetage des navires décidèrent de renflouer à titre gracieux la péniche. Un scaphandrier a aveuglé les voies d'eau et un remorqueur équipé de puissantes pompes a remis à flot l'Etoile du Matin. Cette dernière, de nouveau pavoisée et fleurie, a pu être de nouveau visitée par les mariniers.

Le 10 décembre 1922, le journal Le Matin aborde de nouveau le sujet de la cloche ! A 14h, sous la direction de Mgr Platau, il était prévu une réunion à bord de l'Etoile du Matin amarrée au pont Saint-Michel et la cloche "des Tuileries", offerte par l'Œuvre des Mariniers, devait être présentée. A 15h30, une réunion solennelle de réception de la cloche devait avoir lieu à la salle de la Société d'encouragement, sise 44 rue de Rennes. A 17h30, la cloche devait être de retour au siège de l'Œuvre.

Le 11 décembre 1922, l'Etoile du Matin est  encore mentionnée dans la presse, mais s'agit-il de l'ancienne péniche ou du nouveau vapeur ? 
L'abbé Platau organise une visite pour présenter la cloche de ce bateau-chapelle. Cette cloche date de 1868 et porte les armes impériales et la mention "Tuileries". Selon l'article, elle a échappé durant la dernière guerre aux allemands qui faisaient la chasse au bronze après avoir été cachée à Dinant, puis dans un "monastère de religieuses", ensuite chez des Prémontrés et enfin dans une cave dont les propriétaires ont été fusillés...
De retour à Paris, elle sonnera sur la Seine pour les mariniers.

Le 24 et le 30 décembre de cette même année, la messe de minuit des mariniers eut lieu à bord de la chapelle nautique l'Etoile du Matin, amarrée au pont Saint-Michel, mais là encore je ne sais pas s'il s'agit de la péniche ou du vapeur.

En 1923, un photographe de l'agence Rol prend quelques clichés de l'Etoile du Matin. Les légendes sur les photos montrent qu'elle était amarrée au Pont National à Paris. On peut constater que des bancs ont remplacé les tables d'écoliers devant l'autel, à moins qu'elles ne soient repliées pour l'office. 
Je ne sais pas si c'est à cause de la luminosité et des toiles blanches tendues sur les flancs intérieurs du bateau mais j'ai l'impression que l'intérieur est en moins bon état que sur les photos vues ci-dessus. C'est vrai que bien qu'elle ait été renflouée, le sinistre a du laisser des traces.
Cela dit, l'autel des mariniers est toujours en place à bord, ce qui pourrait impliquer que les messes de minuit citées précédemment ont encore eu lieu à bord. Mais cela ne reste qu'une hypothèse...




(cf. Bibliothèque nationale de France)

(cf. Bibliothèque nationale de France)


(cf. Bibliothèque nationale de France)


(cf. Bibliothèque nationale de France)


(cf. Bibliothèque nationale de France)



(cf. Bibliothèque nationale de France)

(cf. Bibliothèque nationale de France)

(cf. Bibliothèque nationale de France)



(cf. Bibliothèque nationale de France)





Toujours en 1923, en septembre, Le Figaro publie un article de Charles Fegdal intitulé "une église sur la Seine". L'auteur a remarqué le long et large chaland amarré depuis plusieurs mois au quai des Orfèvres. Là, il s'agirait donc bien de l'ancienne Etoile du Matin, pas du vapeur. 
Le campanile surmonté d'une croix dorée avait intrigué Charles Fegdal et il est donc monté à bord de l'Etoile du Matin pour la visiter. Il décrit une austère cabine, à la fois presbytère et sacristie, des chaises fatiguées, une table vermoulue, un Christ de cuivre qui luit dans la pénombre. Outre un rideau d'étoffe "pauvre de teinture et pauvre de qualité", des fenêtres exiguës à verres colorés, le visiteur aperçoit un guéridon avec des cierges, des images pieuses, des livres de prières et des plantes vertes qui servent de fond à deux ou trois cierges allumés. Il y a également un tronc pour les offrandes et un bénitier.
La chapelle est sombre, le jour plus que tamisé et les arcatures de bois semblent d'une architecture romane. Au fond se trouve un fort bel autel qu'une lumière blondit. C. Fegdal précise que cet autel vient de Pont-l'Evêque, près de Noyon. Le tabernacle est un remarquable travail de bois sculpté avec son pélican aux flancs ouverts où trois petits pélicans sucent la vie. Le panneau du devant de table, de style Louis XIV, figure un "agneau pascal" non dépourvu d'intérêts. Près de l'autel, il y a également un bateau fautif construit par un marinier, une statuette de Sainte Philomène et une corde que Mgr Platau saisit pour faire admirer le son pur de sa cloche à son visiteur. Cette cloche est une cloche historique, Mgr Platau prétend qu'elle fut peut-être jadis aux Tuileries. L'auteur lit sur le métal "Hildebrand, fondeur de l'Empereur, 1866" et au dessus de ces mots, les armes de Napoléon III. Trouvée dans un grenier à Armentières en 1912, la cloche fut confiée à une propriétaire de Dinant en Belgique jusqu'en 1914 où un obus démolit la maison et ensevelit la cloche dans la cave. Sauvée par des Prémontrés puis enterrée dans le jardin du couvent et cachée pendant l'occupation allemande. Retrouvée à l'armistice et ramenée en France, elle fut placée dans le campanile de l'Etoile du Matin

En février 1924, César Bernard, député cite la péniche-église de l'abbé Platau dans un discours à propos de l'éducation pour tous les enfants. Hélas, il ne précise pas le nom de la péniche. Il mentionne simplement qu'elle est amarrée quai de la Monnaie.

Le 3 avril 1924, un fait divers publié dans Le Figaro et dans L'Echo d'Alger attire mon attention : un attroupement s'est formé quai Saint-Michel après qu'une jeune femme se soit jetée dans l'eau du haut du pont. Deux sapeurs-pompiers et deux mariniers lui ont porté secours tandis que de nombreux curieux s'étaient massés sur la chapelle nautique de Mgr Platau afin d'assister au sauvetage. Au moment où l'un des pompiers hissait sur le chaland la femme qu'il venait d'arracher à la mort, un craquement sinistre se fit entendre : le toit de la chapelle venait de s'effondrer sous le poids des curieux qui disparurent dans la cale de la péniche. Il y eut des cris, une bousculade et douze personnes ayant eu plus de peur que de mal gisaient au fond du bateau d'où elles sont sorties par leurs propres moyens sous les moqueries des badauds restés sur le quai.

Le 28 juillet 1924, un autre fait divers plus cocasse est publié dans L'Ouest-Eclair : la garde de la chapelle flottante amarrée quai des Orfèvres a été confiée à Jean Ronner, pendant l'absence de Mgr Platau qui est alors à Rome. Dans la nuit, alors que le gardien venait de s'endormir, il est réveillé par un ronflement sonore. Il se leva et en entrant dans la chambre réservée à Mgr Platau, il trouva dans le lit de l'ecclésiastique un vagabond tout habillé que le commissaire de police a envoyé au dépôt. 

En mars 1925, l'actualité du bateau-chapelle est plus sombre puisque le 10 mars, le journal L'Homme Libre annonce que le bateau, amarré en aval du Pont Saint-Michel, quai des Orfèvres, a coulé à pic le dimanche d'avant à 10h30 dans des circonstances qui ne sont pas connues. Il est précisé que personne ne se trouvait à bord au moment de l'accident.
Cette triste nouvelle est minimisée, dés le 11 mars, par l'abbé Platau lui-même. Il écrit ainsi au journal Le Petit Parisien pour informer les lecteurs que le bateau qui a sombré n'est pas son nouveau bateau-chapelle. Il s'agit, en effet, d'un presbytère fluvial qui lui a été offert, il y a deux ans, par la comtesse de Maigret. Mgr Platau précise qu'il était alors avec sa chapelle flottante à l'écluse de la Barre à Lille et qu'il recevra avec reconnaissance les dons que des personnes charitables voudraient bien lui faire parvenir pour la reconstitution du presbytère fluvial de l'Œuvre des Mariniers.
Si ce presbytère fluvial a été offert à l'Œuvre des Mariniers vers 1923, cela ne peut pas être l'ancienne Etoile du Matin que l'abbé utilisait depuis bien plus longtemps...

Un peu plus de cinq années plus tard, en avril 1930, le journal Le Matin publie un petit encart où il est annoncé que la chapelle des mariniers va quitter Saint Quentin pour se rendre à Tergniers et à Chauny. Ces villes sont des étapes habituelles de notre abbé. Hélas, la devise du bateau n'est pas mentionnée, pas plus d'ailleurs que le nom de son capitaine. Alors s'agit-il bien encore d'eux ?

Après cela, l'Etoile du Matin n'apparait plus. Ou presque, car je retrouve l'abbé Platau sur une carte postale ancienne trouvée sur www.ebay.fr. Cette carte a été écrite et rédigée en 1928 mais ce cliché a sans aucun doute été pris plusieurs années auparavant. Il représente notre abbé, lisant sur le pont de son bateau :



(cf. Ebay.fr)





Voilà ce que j'ai pu trouver dans les journaux et bulletins religieux sur cette péniche-chapelle. 
Le précédent article sur l'abbé Platau nous avait appris que ce dernier avait fait valoir ses droits à la retraite en 1934, mais qui l'a remplacé ? Qu'est devenue l'Etoile du Matin ? Hélas, je ne le sais pas, mais nous pouvons constater que l'histoire continue :

En 1935, un autre abbé, Joseph Bellanger, sera l'inspirateur et l'aumônier d'une association qui se crée : l'Entraide Sociale Batelière. Un autre bateau, "Je Sers", sera acquis en 1936 et deviendra le nouveau bateau-chapelle.

Ainsi, l'Œuvre des Mariniers se poursuit sous une nouvelle forme, avec d'autres personnes et de nouveaux bateaux...



---------------Annexes-----------------


Sauf mention contraire, tous les documents figurant ci-après sont issus de la Bibliothèque nationale de France.

Pour ne pas faire redondance, certains documents, déjà publiés dans l'article à propos de l'abbé Platau, n'ont pas été repris dans la liste ci-dessous. Ils restent consultables ici.



Le 6 mars 1911 :

(Bibliothèque de Toulouse)




... /...





Le 21 avril 1912 :





Le 4 juillet 1912 :





Le 17 novembre 1917 :



Cf. Bibliothèque Nationale de France 




Le 4 novembre 1919 :





Le 6 décembre 1919 :




Le 22 mai 1921 :











Le 30 mai 1921 :
















Le 31 mai 1921 :












Le 15 novembre 1921 :




Le 26 juin 1922 :


Cf. Bibliothèque Nationale de France




Le 16 juillet 1922 :




Toujours en juillet 1922 :


Cf. Bibliothèque Nationale de France







Le 16 août 1922 :





Le 8 novembre 1922 :



Cf. Bibliothèque Nationale de France













Le 9 novembre 1922 :


Cf. Bibliothèque Nationale de France






Cf. Bibliothèque Nationale de France




Cf. Bibliothèque Nationale de France



Le 12 novembre 1922 :









Le 13 novembre 1922 :





Le 20 novembre 1922 :




Cf. Bibliothèque Nationale de France




Le 10 décembre 1922 :



Le 11 décembre 1922 :




Cf. Bibliothèque Nationale de France



Le 24 décembre 1922 :



Le 30 décembre 1922 :






Le 22 septembre 1923 :









Le 1er février 1924 :






Le 3 avril 1924 :



Le 4 avril 1924 :




Le 29 juillet 1924 :





Le 10 mars 1925 :



Le 11 mars 1925 :






Le 21 avril 1930 :






Le 28 août 1937 :






Le 29 août 1937 :







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